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Bilan des municipales

7 avril 2014

Trois questions à Roger Martelli

sur un premier bilan de gauche de gauche… Le Front de gauche a été bien sûr présent lors de ces élections municipales, mais de façon très inégale. Un bilan numérique complet est difficile à faire. Du fait des choix opérés par le PCF, les composantes du Front de gauche se sont en fait trouvées dispersées entre des listes « d’union de la gauche », du « Front de gauche », « communistes », du « Parti de gauche », voire « divers gauche ». Si l’on s’en tient aux 607 communes de plus de 1000 habitants où le Front de gauche est présent, rassemblé ou au travers de certaines de ses composantes, le Front regroupe près de 11 % des exprimés, les listes d’union de la gauche 16 %, les listes socialistes et divers gauche 13,7 %, les écologistes font 2,6 % et l’extrême gauche 1 %. Le total de la gauche de gauche atteint les 12 %, tandis que la gauche tout entière est à 44,7 %.

Peut-on comparer avec 2012 ? Difficile de généraliser. Dans les cas des villes communistes, le résultat du Front est sans surprise très au-dessus du score Mélenchon. C’est aussi le cas d’une trentaine d’autres villes, dont beaucoup ont été naguère ou sont encore de sensibilité communiste forte, comme Saint-Dizier, Calais, Sevran, Romainville, Corbeil ou Bourges. Mais en règle générale, dans près de 200 communes de l’échantillon, les pertes sont importantes. Elles représentent la moitié du pourcentage de 2012 dans 90 de ces communes et même des deux tiers dans une trentaine. Notons encore que, dans l’ensemble, le vote Front de gauche fléchit dans les grandes villes, précisément là où le vote Mélenchon avait été particulièrement dynamique, comme à Toulouse, Strasbourg, Bordeaux, Lille ou Reims.

L’analyse ne peut encore être généralisée. Je retiendrai seulement un aspect. Dans les communes de plus de 1000 habitants, les listes associées au Front de gauche ne représentaient que 9 % à peine du total des listes, contre 15 % associées au PS, 14 % à l’union de la gauche et 56 % pour les inévitables « divers gauche ». J’en déduis que la présence et la visibilité du Front de gauche ont été insuffisantes dans cette élection. Nous ne sommes pas sortis des effets durables de la vieille stratégie de l’union de la gauche traditionnelle, que le PCF a imposée à partir de 1965, qui a dynamisé la gauche pendant un temps et qui la « plombe » aujourd’hui.

… et le communisme municipal ?
Le « communisme municipal » reste la forme principale d’ancrage communal de la gauche de gauche. Mais il est une fois de plus fragilisé, davantage que lors des deux précédentes consultations. Là encore, la complexité des dénominations officielles des listes rend impossible dans l’immédiat un bilan complet des 725 communes dont le maire était communiste ou apparenté en 2008. Si l’on s’en tient aux communes de plus de 1000 habitants, le recul serait largement supérieur à 20 % de l’effectif de départ. Cela place l’ampleur du recul au niveau des chutes enregistrées par le PCF en 1989 et 1995.

En fait, derrière les chiffres, il faut voir dans le recul prononcé l’obsolescence de ce que l’on a pu parfois appeler le « communisme municipal », c’est-à-dire l’équilibre d’une sociabilité populaire, à base ouvrière, d’une pratique politique (la « galaxie communiste », autour du parti, du syndicat et des associations) et d’un type de gestion municipale, au départ innovante et largement redistributrice. Les évolutions socioéconomiques et la crise ont défait cet équilibre et le PCF, pétrifié par ses kystes mentaux, n’a pas su dégager des alternatives cohérentes. De ce fait, le recul a été continu depuis 1983. Il est plus ou moins rapide (il s’est ralenti quelque peu en 2001 et surtout 2008, et il reprend en 2014), mais il ne s’est jamais interrompu. Or il n’affecte pas que le PC, mais la totalité de la gauche de gauche. Globalement, nous n’avons pas encore su trouver un mode d’action communale qui retrouve l’impulsion des premiers temps de la « République au village » (Troisième République) ou du « communisme municipal » du XXe siècle. Or cette réinvention est fondamentale, dans un moment où se complexifient les dynamiques territoriales. Local, national et même supranational, pour le fait métropolitain, s’interpénètrent de façon nouvelle. Si l’on s’englue dans le localisme, on est prisonnier des grandes logiques qui contraignent ce cadre aujourd’hui (la mondialisation financière libérale). Mais si l’on s’en tient à un discours trop général, trop national, comme l’a fait en partie le Parti de gauche, on court aussi à l’échec.

…inventer une gauche alternative municipale ? Je ne suis pas en état de dégager des pistes pour une gauche alternative municipale. Je ne peux raisonner que par analogie historique. Au fond, ce qui a fait la force du communisme municipal à l’apogée fut d’avoir réalisé une sorte de synthèse du politique et du social. Pendant quelques années, la marche en avant du groupe ouvrier (la conquête de la dignité et des statuts), le grand rêve de la « Sociale » (soutenu alors par le mythe soviétique) et l’expansion du communisme ont semblé faire corps. Le mouvement social et la pratique démocratique y sont trouvé leur compte. Ces quelques décennies ont été une période d’intense politisation populaire et démocratique, quels qu’aient été les éléments très négatifs liés à la stalinisation du PCF de cette époque.

Il faudrait pouvoir retrouver quelque chose de cette dynamique. Mais en tenant compte de ce que ni la société ni le « peuple » ne sont plus ce qu’ils étaient alors. Unifier les catégories populaires, créer de l’émancipation en actes ne pourra plus se faire à l’ancienne, dans des cadres soigneusement contrôlés. La galaxie sous dominante du « parti » n’est plus à l’ordre du jour. Le modèle syndicaliste révolutionnaire est lui-même essoufflé. L’interpénétration du social et du politique, de l’individu et du collectif, est à réinventer. C’est exaltant. Cela donne aussi le vertige, d’autant plus que le temps est compté. La percée du Front national et la montée de l’abstention disent que, pour l’instant, le ressentiment est la forme dominante d’expression du mécontentement ou de la colère.

Or la combativité nourrit l’esprit d’émancipation ; le ressentiment, lui, nourrit la contre-révolution.

Roger Martelli

Tag(s) : #Elections

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