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Tribune collective publiée dans Mediapart

le 12 avril 2012

 

« Prenons toutes nos responsabilités pour permettre l’émergence d’une force de transformation sociale et écologique, durable et utile contribuant au rassemblement de toute la gauche de gauche. »
 

Par Christophe Aguiton, Clémentine Autain, Jean-Jacques Boislaroussie, Jean-Michel Drevon, Jacqueline Fraysse, Razmig Keucheyan, Stéphane Lavignotte et Myriam Martin. (source Mediapart)


Le vieux monde se meurt. Cessons de nous accrocher aux branches. Alors que le capitalisme financiarisé nous plonge dans un cycle violent de récession et de creusement des inégalités, les tenants du There Is No Alternative ont enclenché une nouvelle offensive pour détricoter plus encore les droits et protections, aggraver la misère, démanteler les services publics, menacer les libertés collectives et individuelles, mettre au régime sec les dépenses publiques, détériorer davantage le rapport entre le capital et le travail, poursuivre le pillage des ressources naturelles de la planète en ignorant les enjeux climatiques et environnementaux.

Or, contrairement à ce que l’idéologie dominante comme la droite et les socio-libéraux nous rabâchent matin, midi, et soir, il y a une vie en dehors de l’austérité et du sécuritaire. La rupture est la seule issue pour répondre aux légitimes aspirations populaires à vivre dignement. Nous devons résister et inventer. Les marchés financiers accaparent nos richesses, le consumérisme et le productivisme détruisent l’écosystème et nos désirs, les rouages démocratiques sont à bout de souffle, le racisme et la xénophobie font des ravages : cette société brise les conditions de l’émancipation humaine. En parodiant Alice, de Lewis Carroll, disons que si ce monde n’a aucun sens, qu’est-ce qui nous empêche d’en inventer un ?

 

Nous avons à reconstruire une espérance. Le préalable, c’est le rassemblement de toutes les forces politiques et sociales qui ne se résignent pas à l’ordre capitaliste des choses et qui défendent le parti pris d’une alternative radicale. Cette unité est l’une des conditions sine qua non pour faire émerger une force politique à la hauteur des défis contemporains. Une force qui vise à être majoritaire pour que le peuple prenne le pouvoir et que soient mise en œuvre les réformes à même d’améliorer les conditions d’existence du plus grand nombre. Une force présente au quotidien dans l’espace proprement politique, dans le débat d’idées et dans les mobilisations sociales. Une force qui articule le combat sur le champ politique, notamment celui de ses élu-e-s avec celui des indignés qui protestent en occupant les places , des salarié-e-s tenant tête aux plans de licenciements, à la remise en cause des acquis sociaux et à la détérioration des conditions de travail, des sans-papiers, des chômeurs pour le droit à l’emploi, des féministes et des mouvements LGBT pour faire vivre l’égalité des sexes et des sexualités, des habitant-e-s des quartiers populaires vent debout contre la stigmatisation, les discriminations érigées en système et le développement inégal des territoires, des « pirates » qui veulent découvrir et partager la culture contemporaine sur Internet, des écologistes de terrain qui font en masse obstacle au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, à la poursuite du nucléaire, à l’extraction du gaz du schiste ou au développement des cultures OGM… Une force liée à toutes les alternatives et s’en enrichissant ; reprise autogestionnaire et coopérative d’entreprises, alter-consommation, construction de solidarités, contre-pouvoir citoyens sont des terreaux d’une alternative de société. Une force qui fasse primer la mise en commun, la valorisation des savoir-faire et des savoir-vivre et la démocratie sur la recherche du profit maximal pour quelques rentiers et la confiscation des pouvoirs par une poignée d’oligarques.

 

Pour parvenir à cet objectif, la dynamique engagée autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle, prolongement de la campagne dynamique et militante pour le non de gauche au Traité Constitutionnel Européen, en 2005, et de la grande lutte de résistance de l’automne 2010 pour défendre les retraites, est un point d’appui substantiel. Le tranchant et l’audace de cette campagne rencontrent des attentes fortes : oui, nous avons besoin d’une gauche pour de bon, une gauche indépendante du social-libéralisme qu’incarne aujourd’hui le Parti socialiste. Dans toute l’Europe, le score du Front de gauche sera regardé et attendu car nous faisons vivre la résistance aux plans de rigueur imposés par la troïka – FMI, UE, BCE – dont la Grèce est le triste laboratoire. Dans de nombreux pays européens, des forces politiques de la gauche en rouge et vert se construisent et progressent. Elles doivent faire bloc. L’effervescence suscitée par la candidature de Jean-Luc Mélenchon tient notamment à la capacité à faire vivre l’apport de sensibilités et de cultures différentes dans un espace commun cohérent. L’enjeu est de rassembler toutes les forces de la « gauche de gauche », de cristalliser la dynamique populaire en mouvement politique permanent. Pour construire un front large, nous avons à faire converger durablement les centaines de milliers de personnes qui ont afflué aux meetings, les organisations investies dans ou hors du Front de Gauche, les équipes du mouvement social qui se sont impliquées dans la campagne, tous les individus qui ont repris à cette occasion goût à la politique. Chacun doit pouvoir se joindre à ce combat, par adhésion directe, dans une construction politique dont les règles démocratiques seront définies par tous et toutes…

Réussir ce pari, c’est la condition pour être efficace contre la droite, faire contre poids à l’extrême droite et disputer à gauche l’hégémonie du social libéralisme. Parce que nous venons de trajectoires différentes, nous savons que nous n’y parviendrons qu’en analysant lucidement les erreurs du passé, et en inventant un large mouvement pluraliste qui fasse une place à chacune et à chacun et trouve une articulation nouvelle avec les mouvements sociaux, écologistes et associatifs, les citoyens et les intellectuels.

Le 22 avril, premier tour, il faut assurer le plein des voix pour Jean-Luc Mélenchon et au second, le 6 mai, il ne doit manquer aucune voix pour licencier Nicolas Sarkozy. Partant de ces victoires, prenons toutes nos responsabilités pour permettre l’émergence d’une force de transformation sociale et écologique, durable et utile contribuant au rassemblement de toute la gauche de gauche.


Christophe Aguiton, militant syndical et associatif
Clémentine Autain, Fase (Fédération pour une alternative sociale et écologique)
Jean-Jacques Boislaroussie, Les Alternatifs
Jean-Michel Drevon, militant syndical et associatif
Jacqueline Fraysse, députée
Razmig Keucheyan, sociologue
Stéphane Lavignotte, militant écologiste
Myriam Martin, militante de la Gauche anticapitaliste, courant unitaire pour l’écosocialisme, ancienne porte-parole du NPA.

 

Pour en discuter nous organisons une réunion le mercredi 9 mai à 19h00 à la Bourse du Travail de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

 

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Tag(s) : #Débats

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