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logo_ok_ok.jpgAu cours de l’une des réunions préparatoires tenue dans le cadre de la réunion altermondialiste « Firenze 10+10 » en novembre 2012, des inquiétudes s’étaient exprimées sur la participation à la prochaine édition du FSM : à l’exception du Maghreb et de l’Europe (surtout France et Italie), la mobilisation était en deçà des espérances des équipes organisatrices de Tunisie, du Maghreb et du conseil international du FSM.


Mais les semaines qui ont suivi ont été plus rassurantes : avec plusieurs dizaines de milliers d’inscriptions de presque toutes les grandes régions du monde et de tous les continents, 4556 organisations enregistrées (associations, syndicats, journaux et revues, ONG… etc) et 1782 activités proposées, le FSM de Tunis a pris du volume.

 

Se confirme ainsi la réussite du pari d’organiser ce FSM en Tunisie, où l’équipe organisatrice a su regrouper la grande majorité des réseaux associatifs et syndicaux, ceux-la mêmes qui ont été partie prenante du processus révolutionnaire amorcé en Tunisie fin 2010.
 

Cette préparation s’effectue pourtant dans des conditions rendues encore plus difficiles par les lourdes menaces qui pèsent depuis plusieurs mois sur ce processus et dont l’assassinat de Chokri Belaid a été le révélateur.
On peut résumer, sans les hiérarchiser, à quatre, voire cinq enjeux majeurs la tenue du FSM de Tunis.
 

Le premier est la réussite du FSM en lui-même, dans un contexte global marqué par la crise de civilisation, une situation internationale très instable et les mutations d’un monde désormais multipolaire.
 

De ce point de vue, rappelons que le FSM n’est en rien un événement isolé : il s’inscrit dans la persistance de la multiplicité des rendez-vous altermondialistes au Nord comme au Sud, dont le calendrier est établi pour 2013 et 2014 (de Rio+20 à l’Altersummit d’Athènes en passant notamment par le Forum Free Palestine, le Forum Paix et Désarmement de Sarajevo ou le Forum Irak), auquel s’ajoute la liste des forums thématiques (Forum des autorités locales, Forum Science et Démocratie…etc).
 

Ajoutons à cela que les thématiques du FSM de Tunis reprennent largement celles qui sont débattues par le mouvement altermondialiste depuis les premières éditions du FSM à Porto-Alegre, du refus de la marchandisation et de la taxation des transactions financières à la suppression des paradis fiscaux et juridiques en passant notamment par la protection sociale universelle, une autre architecture des institutions internationales ou l’invention d’une démocratie active… mais elles ne s’y limitent pas.
 

En effet, des thématiques plus récentes ont aussi fait leur chemin : un monde sans guerre, la socialisation du secteur financier, le « buen vivir », les biens communs et les nouvelles formes de propriété, la déconnexion de la prospérité et de la croissance… etc.
 

Et s’il est une thématique qui devrait prendre de l’ampleur, c’est bien la question de la dette qui, au Nord comme au Sud, est le prétexte aux politiques d’austérité imposées aux peuples et qui sont à la fois l’un des facteurs explosifs de la crise de l’UE et un élément-clé de l’offensive capitaliste.
 

Mais un second enjeu s’impose par l’actualité elle-même : c’est la jonction de toutes ces thématiques altermondialistes « classiques » d’une certaine manière et de l’apport spécifique des révolutions arabes en tant que processus à la fois global et différencié, ainsi que des luttes qui ont suivi.
 

A quoi s’ajoute une autre jonction qui lui est corrélée : celle des réseaux militants eux-mêmes, acteurs de ce processus.
Cet enjeu est d’autant plus important que, dans la dynamique de ce processus, il y a eu de nouvelles mobilisations d’abord dans l’Europe méditerrannénne toute proche du monde arabe comme celles des Indignados puis dans d’autres régions du monde (Occupy…etc).
Elles-aussi ont été animées par de nouveaux réseaux citoyens peu liés à l’altermondialisme.

Deux autres enjeux vont sans nul doute marquer cette édition du FSM
 

Il y a d’abord la question posée par le processus en cours des révolutions arabes. La pression islamiste sur ces sociétés éclaire le défi lancé au mouvement altermondialiste : sera-t-il capable de s’ouvrir à de nouvelles composantes pour lesquelles la référence parfois revendiquée à l’islam est relativisée par le processus de sécularisation (particulièrement en Tunisie), l’accord sur le fait que la question religieuse est seconde par rapport à la question sociale et la volonté de participer au mouvement altermondialiste ?
 

Car s’il n’y a aucune fatalité à ce que les islamistes accaparent l’expression politique des peuples à forte majorité musulmane, encore faut-il que le mouvement altermondialiste -et dans le champ politique, la gauche alternative- soit en mesure de s’ouvrir et d’intégrer cette nouvelle donne à ses visées stratégiques.
 

Et il y aura également, présente à Tunis, une question d’actualité, particulièrement délicate -et les Alternatifs le savent bien, à la lumière de leurs récents débats à ce sujet- : l’intervention de la France au Mali.
 

En France comme en Europe, cette intervention a été à juste titre très critiquée, que ce soit dans ses conséquences ou dans son principe même.
Mais dans les réseaux altermondialistes maliens, bien plus indulgents, il n’en a pas été de même : nul doute que ce débat difficile ressurgira au cours du FSM, dans des formes et avec une portée que nul ne peut prévoir à ce jour.

 

Enfin, et ce pourrait être un cinquième enjeu du FSM de Tunis : jamais aucune édition du FSM ne s’était tenue aussi près de la Palestine, et on imagine la ferveur que prendra la manifestation de clôture du 30 mars, en solidarité avec le peuple palestinien !

 

Bruno DELLA SUDDA pour la délégation des Alternatifs au FSM

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