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AG Front popul. 233 2A l'initiative de RAID Tunisie et de plusieurs partis du Front Populaire, une rencontre  internationale s'est tenu les 23 et 24 mars 2012 à Tunis (le week-end précédent le FSM). Elle a réuni une vingtaine de délégations de 13 pays du Bassin méditerranéen et au-delà.

 

Le 23 après-midi, plusieurs exposés et débats ont traité de la situation de la dette dans le Bassin méditerranéen et leurs conséquences avec une analyse plus poussée sur la situation pour les pays les plus concernés, d’une part au Sud,  en Tunisie et en Egypte, d'autre part au Nord, dans l'Etat espagnol, en Grèce et au Portugal.

 

Tout d’abord, Fathi Chamkhi de RAID-Tunisie, qui présidait cette rencontre, a présenté la situation en Tunisie. La crise politique résultant en partie des profondes inégalités a provoqué la révolution et permis de chasser Ben Ali mais les problèmes économiques s’amplifient. L’économie repose essentiellement sur les exportations de produits agricoles et de matières premières. La production industrielle est offshore et ne bénéficie pas au pays. Le rythme d’endettement annuel qui était de 1,7 milliard de dinars sous Ben Ali s’est envolé et atteint sur les trois dernières années 4, 3 milliards de dinars. De 1987 à 2010, la Tunisie a emprunté 41 milliards de dinars et a remboursé 48 milliards de dinars au titre de la dette à moyen et long terme. La Tunisie a donc alimenté les comptes des bailleurs de fonds avec le solde de 7,5 milliards de dinars.

Il existe de fait deux monnaies : une locale et une autre pour les échanges. La situation actuelle est proche de la banqueroute de 1986 et les pays créditeurs ont saisi le FMI. Pour Fathi Chamkhi : « Le Front populaire doit continuer à guider l’activité populaire pour permettre au peuple tunisien d’être souverain ». Il est nécessaire de gérer la crise interne avant l’externe.

 

En Egypte, l’endettement remonte aux années 70 et il avait été multiplié par dix sous Sadate. Les politiques d’austérité ont commencé dans les années 90 sous l’injonction du FMI. L’intervenant au nom de la Coalition populaire précise qu’il s’agit d’un échec du modèle de développement. Celui-ci a été fort sous Moubarak mais faible en termes d’emplois, ce qui a entraîné la révolution de janvier. La situation en Egypte est similaire à celle de la Tunisie et la dette intérieure est très importante. Il existe également un gros problème énergétique. Quelle est l’alternative pour l’opposition ?

 

Au Maroc, pour Omar Aziki d’El Mounadhil, le pays n’a pas pu résoudre l’endettement depuis l’indépendance. Il échange beaucoup avec l’Union européenne, dont la crise affecte directement le Maroc (immigrés victimes en termes d’emploi et donc moins de devises envoyées au pays, baisse du tourisme et investissements extérieurs en chute). Il y a un assujettissement aigu lié à l’endettement. En 2012, la dette publique s’élevait à 69 milliards de dollars et représentait 71 % du Produit intérieur brut (PIB) national. Les ressources sont en baisse car le Maroc vend en dollars et en euros. Les prêts internationaux s’effectuent comme partout avec des conditions drastiques et entraînent notamment une réduction des dépenses sociales. La Commission pour la justice exige l’annulation de la dette et la réhabilitation des victimes d’Hassan II.

 

Au Liban, pour le représentant du Parti communiste libanais, la situation est comparable aux autres pays. Il n’existe pas d’économie nationale. L’endettement par habitant est de 15 000 dollars.

 

En Syrie, il n’y a plus d’endettement depuis les années 70 et le gouvernement n’a pas autorisé l’intervention des institutions internationales. Cependant, 80 % de l’économie est contrôlée par 20 % de la population. Depuis le début de la crise politique, la situation est devenue très critique, l’économie s’est détériorée, la monnaie est dévaluée et la production a été considérablement réduite. C’est le chaos total, il n’y a plus de médicaments et de nombreux produits de première nécessité ne sont plus disponibles.

 

En Grèce, depuis 3 ans malgré les politiques d’austérité la dette a augmenté de 20 %. Le chômage a fortement progressé et les gouvernements ont privatisé l’énergie et les télécommunications. Il est probable que les capitaux étrangers investissent en Grèce et les capitalistes grecs investissent à l’extérieur.

Le salaire minimum a chuté de 20 % et le salaire annuel (calculé avec les primes de fin d’année) a baissé de 40 % dans le secteur public et de 30 % dans le secteur privé. Le contrat social a volé en éclats. Il y a un problème de compétitivité. Il est nécessaire de changer de politique mais pour y parvenir, le peuple a besoin de comprendre la situation.

 

Dans l’Etat espagnol, Miguel Urban Crespo, qui s’exprimé au nom des cinq organisations (Izquierda Anticapitalista, Lucha Internacionalista, Izquierda Unida, Candidatura Unitat Polular et Sortu) a précisé que l’Etat vit une crise de régime, héritée de la « transition démocratique ».

Il a décliné la situation en plusieurs points :

- Le modèle de croissance dévastateur pour l’environnement.

- La vague de privatisations des entreprises publiques comparable à celle engagée par Margaret Thatcher  en Grande-Bretagne au début des années 80.

- La dette espagnole privée et socialisée, elle s’élève à 5 milliards d’euros et seule un quart est d’origine publique, ce qui illustre bien la logique de la privatisation des bénéfices et la socialisation des dettes.

Actuellement, trois millions de personnes sont touchées par la pauvreté extrême et le pouvoir d’achat décline fortement pour une grande majorité de citoyen-ne-s.

En 3 années, ce sont 40 années d’acquis sociaux qui ont été supprimées par trois contre-réformes sociales. Cette situation a provoqué le mouvement du 15 mai 2011 – 15M.

La crise de l’immobilier est énorme et les hypothèques entraînent des catastrophes humaines. Il existe un mouvement pour la levée des hypothèques qui se renforce de jour en jour. D’une manière générale, l’Etat espagnol vit la période de mouvements sociaux la plus forte depuis 30 ans.

 

Le représentant portugais du Bloc de gauche a précisé que les dettes externes touchent plus principalement les pays périphériques de l’Union européenne. Il a sollicité avec force un besoin de solidarité internationale pour ne pas rester isolés.

 

Après les interventions des différents représentants de partis des pays les plus affectés, le débat a permis d’échanger et de tenter d’esquisser des pistes. Il est notamment nécessaire de restructurer les dettes, de taxer les profits des investissements productifs étrangers, parvenir à faire comprendre aux peuples les enjeux de l’endettement, de construire un réseau face au lobby financier (8 grandes banques captent une partie importante des échanges), de progresser dans les audits des dettes en tant qu’outil de mobilisation dans le but d’obtenir l’annulation des dettes.

 

Nous avons pu mesurer, grâce aux témoignages de nombreux pays représentés, à quel point les gouvernements s'alignent sur les recommandations des institutions financières internationales en imposant des politiques d'austérité qui ont des conséquences extrêmement graves pour les populations. Les pouvoirs qui ont succédé aux dictatures renversées ont poursuivi les recettes néolibérales avec pour conséquences l'aggravation de l'endettement, l'incapacité à réduire les inégalités et à développer des programmes sociaux et économiques en réponse aux aspirations populaires qui se sont exprimées lors des révolutions. Partout, les capitalistes appliquent les mêmes recettes alors que les peuples sont divisés.

 

Dans les pays du nord, nous connaissons mieux la situation avec les exemples de la Grèce, de l'Etat espagnol et du Portugal, suivie par Chypre aujourd'hui où la Troïka, avec l'Union européenne, impose des politiques d'austérité remettant en cause le compromis social déjà bien attaqué.

 

Lors de la matinée du 24, les alternatives et les ripostes possibles ont été débattues en vue d’aboutir à une déclaration commune. La discussion a montré une forte volonté de poursuivre ces rencontres, qui sont très importantes pour nos camarades des pays arabes car elles permettent d'échanger sur la situation et sur les moyens de mobiliser les populations autour de cette question fondamentale qu'est le paiement de la dette. Ce réseau en construction est également important pour fédérer des organisations de l'ensemble de la Méditerranée, y compris des pays qui comme la France sont des créanciers en particulier de la dette tunisienne. Des actions communes sont envisagées dans des formes à préciser.

 

A noter, l’intervention d’Eric Toussaint pour le CADTM qui a montré que la résistance à l'endettement et aux institutions internationales est possible en développant les exemples de trois pays : l'Argentine, l'Equateur et l'Islande qui ont suspendu le remboursement de la dette ou décidé de ne pas la payer. Il a plaidé pour que la question de la dette soit une priorité pour les organisations politiques et pas seulement un point dans les programmes.

Les dettes illégitimes et odieuses -pour celles qui ont été contractées par des régimes dictatoriaux- répondent à trois critères :

1. Absence de consentement de la population ;

2. Absence de bénéfices pour la population de l’état endetté ;

3. Le fait que les créanciers savaient que l’endettement ne servait pas les intérêts de la population.

Dans les pays méditerranéens, l’endettement a servi principalement les classes dominantes et les entreprises étrangères puis avec la crise financière les banques.

A part en Grèce où le peuple refuse de payer la dette, ailleurs il est nécessaire de faire un travail d’audit de la dette.

En référence aux trois pays cités ci-dessus, il a précisé qu’un pays qui décide de désobéir aux créanciers a plus de chance de s’en tirer qu’un pays docile.

 

Après amendements, le Manifeste final de la rencontre méditerranéenne de Tunis a été adopté. Les Alternatifs, présents à cette rencontre, ont donné leur signature et entendent s'inscrire pleinement dans ce réseau.

 

meeting 2 inter. FinaleLe dimanche 24 dans l’après-midi un grand meeting populaire s'est tenu au palais des congrès qui a réuni plus d'un millier de personnes dans une ambiance dynamique et militante, avec slogans tels que « A bas la dictature, à bas le capital » et chants révolutionnaires. Ponctuant la vingtaine d'interventions des participants à la rencontre, plusieurs vidéos ont été projetées en hommage à Chokri Belaïd assassiné le mois dernier et à Hugo Chávez, et en souvenir des journées révolutionnaires du printemps 2011, montrant notamment la répression violente des manifestations.

 

Les intervenants ont été très (trop) nombreux : des représentants de l'Etat espagnol, du Portugal, de la Grèce, du Maroc, de l'Egypte, d'Algérie, de Syrie, du Venezuela, de la Colombie, du Liban, d'Italie, d'Haïti et de Palestine. Pour la France, sont intervenus Olivier Besancenot pour le NPA et Marie-Christine Vergiat pour le groupe GUE-NL au Parlement européen. Le meeting s'est terminé par une intervention du porte-parole du Front Populaire, Hamma Hammani, chaleureusement applaudie qui a conclu par : « La dette est un instrument essentiel pour continuer le colonialisme. Le Front populaire doit s'engager à continuer la révolution, il doit combattre le capital, le fondamentalisme… ».

 

Pour les Alternatifs, cette rencontre internationale sur la dette est très importante et le réseau en construction à l'échelle du Bassin méditerranéen doit devenir un point d'appui pour envisager des ripostes populaires aux politiques d'austérité. Cela suppose un élargissement à l'ensemble des formations de la gauche radicale qui s'opposent à ces politiques dans les différents pays.

 

Nathalie Marcu et Richard Neuville

 

(Voir sur ce site le manifeste)

 

Tag(s) : #Economie - Finances

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